22 avril 2011

Le(s) mot(s) du jour.

Première brève de la journée, la brève du jour reprend le thème de la dernière publication : la définition et l'histoire d'un mot. L'idée était séduisante de saisir à nouveau un volume poussiéreux, d'en parcourir les pages jaunies et d'exhumer un mot perdu, oublié. La lecture historique, là encore, a fait son chemin, se substituant à ma lecture du roman d'Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, véritable élégie, drame humain et social. Le mot du jour s'avère, pour l'occasion, être une citation.

Celle d'Edouard Herriot[1], Président du Conseil français en 1932, qui désigne la Société des Nations comme « une tour de Babel dans la forêt de Bondy » est particulièrement intéressante et interroge, notamment, sur les origines historiques de l'expression la forêt de Bondy. Nous ne reviendrons pas sur l'expression une tour de Babel, métaphore de la désorganisation cacophonique de cet organisme international.

La citation provient d'un ouvrage d'histoire des relations internationales de René Girault[2] et Robert Frank[3], Turbulente Europe et nouveaux mondes (1914-1941)[4]. Peut-être est-il nécessaire de rappeler, avant tout, les échecs du plan Tardieu[5] de février 1932, du plan constructif de l'été de la même année, de la politique de bonne volonté d'Edouard Herriot, tactiques de renforcement des compétences de la Société des Nations, pour mieux comprendre le propos de cet homme que les auteurs présentent comme « désabusé »[5].

La forêt de Bondy est, à l'origine, un domaine forestier situé à une quinzaine de kilomètres à l'est de Paris, dans le département de Seine-Saint-Denis. Elle est composée de trois communes : Coubron, Clichy-sous-Bois et Montfermeil, que le lecteur avisé aura reconnu comme le site de la ferme des Thénardier dans le roman Les Misérables de Victor Hugo[6].

Terre de légendes, elle fut un lieu de pélèrinage au Moyen-Âge, où un Ange serait apparu pour sauver trois marchands du brigandage. Sa réputation de coupe-gorge, à l'origine de la considération de la forêt de Bondy comme un lieu sans bonne fréquentation et de mauvaise réputation, est fondée sur l'assassinat de Childéric II[7], roi d'Austrasie en 675 après Jésus-Christ.

La question du sens implicite de cette expression, dans son utilisation par Edouard Herriot, reste en suspens : les brigands de la Société des Nations sont-ils des adversaires extérieurs à cette organisation ou les habitants des lieux, dissimulés derrière quelques halliers ?

Le rédacteur.

 


[1] Edouard Herriot (1872-1957) est un homme politique français, sénateur de 1912 à 1919, Président du Parti radical-socialiste, Président de la Chambre des députés à trois reprises, et Président du Conseil français à trois reprises, en 1924, 1926 et 1932.

[2] René Girault (1929-1999) est un historien français, spécialiste de la Russie et de l'histoire des relations internationales, ancien enseignant de l'université Paris I - Sorbonne Panthéon et Paris X - Nanterre Ouest La Défense.

[3] Robert Frank (1944 - ) est un historien français, spécialiste de l'Europe et de l'histoire des reltions internationales, enseignant à Paris I - Sorbonne Panthéon et à Sciences-Po Paris.

[4] René Girault et Robert Frank, Turbulente Europe et nouveaux mondes (1914-1941), Editions Payot & Rivages (2004).

[5] Ibid.

[6] Roman paru en 1862, Victor Hugo en parle comme « un des principaux sommets, sinon le principal, de [son] œuvre ».

[7] La Continuation de la Chronique Frédégaire[8] relate l'assassinat de Childéric II en ce propos : « Ledit Bodilo se dressa contre lui, avec d'autres, en très grand nombre, prêts à prendre le roi au piège : dans la forêt de Livry, il le tua en même temps que sa reine, nommée Bilichilde alors enceinte ». Or, le seul lieu français portant actuellement le nom de Livry est la commune de Livry-Gargan - dont le nom fut Livry jusqu'en 1912, date à laquelle fut ajoutée le nom de l'industriel Xavier Gargan (1816-1886) - située à une douzaine de kilomètres au nord-est de Paris. Elle se situe au nord-ouest de Clichy-sous-Bois.

[8] Une chronique frédégaire est une compilation narrative d'événements survenus sous la période mérovingienne dont le nom est une invention des humanistes du XVIème siècle. Elle serait le produit de plusieurs auteurs d'époques successives, relatant l'histoire entre 604 et 768. La citation précédente est issue de la troisième section de la chronique relative aux années 642 à 736.


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